La liste des pays émergents regroupe des économies aux trajectoires très différentes. Certaines affichent une dynamique démographique et industrielle qui soutient une croissance soutenue, d’autres se heurtent à des contraintes structurelles qui modèrent les projections. Comprendre ces écarts suppose de distinguer PIB total et revenu par habitant, exposition aux chocs énergétiques et capacité d’endettement : trois variables qui dessinent des perspectives contrastées d’ici 2030.
PIB et revenu par habitant : deux mesures qui racontent des histoires différentes
Un pays peut progresser rapidement dans le classement mondial du PIB tout en enregistrant une faible hausse du niveau de vie de sa population. La Banque mondiale souligne que les économies émergentes et en développement font face à la plus faible croissance du revenu par habitant depuis la pandémie.
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Cette divergence est structurelle. Une population nombreuse dilue mécaniquement le PIB par tête, même quand la production agrégée augmente vite. C’est pourquoi la lecture brute d’un classement par PIB total donne une image incomplète des perspectives réelles de développement.
Pour comparer les économies émergentes de façon rigoureuse, il faut croiser au minimum ces deux indicateurs :
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- Le PIB total, qui mesure le poids économique d’un pays dans l’économie mondiale et sa capacité à peser dans les échanges commerciaux et les investissements étrangers.
- Le revenu par habitant, qui reflète la réalité des conditions de vie, la demande intérieure et la stabilité sociale sur le long terme.
- Le taux de croissance annuel moyen, qui donne la vitesse de convergence vers les économies avancées et permet d’estimer la position relative en 2030.
Facteurs qui différencient les économies émergentes à horizon 2030
Toutes les économies émergentes ne bénéficient pas des mêmes conditions de départ. La Banque mondiale identifie plusieurs variables qui conditionnent la trajectoire de croissance : l’exposition aux importations d’énergie, le niveau d’endettement public et la solidité des institutions.
Les pays importateurs nets d’énergie restent particulièrement exposés aux chocs de prix sur les marchés mondiaux. Une hausse durable des prix des hydrocarbures comprime les marges budgétaires, renchérit les coûts de production et freine l’investissement. À l’inverse, les exportateurs de matières premières profitent à court terme de ces cycles, mais s’exposent à une dépendance structurelle aux cours mondiaux.
L’endettement constitue l’autre variable déterminante. Selon la Banque mondiale, la hausse de l’endettement renchérit les coûts d’emprunt souverains, en particulier pour les économies les plus endettées du groupe émergent. Un service de la dette élevé réduit les marges de manœuvre pour investir dans les infrastructures, l’éducation et la transition énergétique : précisément les postes qui soutiennent la croissance à moyen terme.

Tableau comparatif des principales économies émergentes
Le tableau suivant regroupe les économies émergentes les plus fréquemment citées dans les projections à 2030, en distinguant leur positionnement géographique, leur principal moteur de croissance et les risques identifiés par les institutions internationales.
| Pays | Région | Principal moteur de croissance | Principal risque identifié |
|---|---|---|---|
| Inde | Asie du Sud | Démographie, services numériques, industrie manufacturière | Inégalités territoriales, déficit énergétique |
| Indonésie | Asie du Sud-Est | Ressources naturelles, classe moyenne en expansion | Dépendance aux matières premières, infrastructures |
| Vietnam | Asie du Sud-Est | Exportations manufacturières, investissements étrangers | Exposition aux chaînes d’approvisionnement mondiales |
| Égypte | Afrique du Nord | Canal de Suez, tourisme, réformes structurelles | Pression sur la dette, importations d’énergie |
| Éthiopie | Afrique subsaharienne | Croissance démographique, industrialisation naissante | Instabilité régionale, infrastructures limitées |
| Mexique | Amérique latine | Nearshoring, intégration commerciale avec les États-Unis | Sécurité, dépendance à l’économie américaine |
| Arabie Saoudite | Moyen-Orient | Diversification (Vision 2030), investissements publics massifs | Transition énergétique, volatilité du prix du pétrole |
Ce tableau ne prétend pas à l’exhaustivité : la liste des pays émergents compte plusieurs dizaines d’économies selon la classification retenue. Il met en évidence les écarts de profil entre des économies aussi différentes que l’Inde, à fort potentiel démographique, et l’Arabie Saoudite, dont la trajectoire dépend d’une stratégie de diversification délibérée.
Asie émergente : l’Inde et l’Asie du Sud-Est en première ligne
L’Asie concentre les économies émergentes les plus dynamiques à horizon 2030. L’Inde en particulier cumule plusieurs atouts : une population jeune, une montée en puissance des services numériques et une politique industrielle volontariste pour attirer les investissements étrangers dans la manufacture.
Le Vietnam illustre un modèle différent, fondé sur l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Le Vietnam a attiré des flux d’investissements étrangers directs soutenus grâce à des coûts de production compétitifs et à des accords commerciaux avec l’Union européenne et les États-Unis. Sa trajectoire reste cependant liée aux décisions de localisation des grands groupes industriels mondiaux.
L’Indonésie, quatrième pays le plus peuplé du monde, dispose d’une base de ressources naturelles considérable et d’une classe moyenne en expansion rapide. La conversion de cette richesse en croissance durable suppose des investissements en infrastructures et une diversification au-delà des matières premières.
Afrique et Moyen-Orient : croissance démographique et risques structurels
L’Afrique subsaharienne présente les taux de croissance démographique les plus élevés du groupe émergent. Cette dynamique constitue un moteur potentiel de croissance intérieure, à condition que les investissements en éducation et en infrastructure suivent le rythme. Sans cela, la pression démographique amplifie les inégalités plutôt qu’elle ne les réduit.
Au Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite représente un cas d’étude particulier. La stratégie de diversification économique portée par Vision 2030 vise à réduire la dépendance aux revenus pétroliers en développant le tourisme, l’industrie manufacturière et les services financiers. L’ampleur des investissements publics engagés distingue cette trajectoire des autres économies émergentes de la région.
Les Émirats arabes unis suivent une logique similaire de diversification, avec un positionnement renforcé sur la finance, la logistique et les technologies. Ces deux économies se distinguent du reste du groupe émergent par un revenu par habitant déjà élevé, ce qui modifie la nature de leur convergence vers les économies avancées.
Amérique latine : le potentiel du Mexique et les freins régionaux
En Amérique latine, le Mexique occupe une position singulière. La recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales, accélérée par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, a renforcé l’attractivité du Mexique pour les entreprises qui cherchent à produire à proximité du marché nord-américain. Ce phénomène, désigné sous le terme de nearshoring, représente un levier de croissance concret à horizon 2030.
Le reste de la région présente un tableau plus hétérogène. L’Argentine doit composer avec une instabilité macroéconomique persistante. Le Brésil dispose d’un potentiel agricole et industriel considérable, mais ses perspectives de croissance restent conditionnées à la résolution de déséquilibres budgétaires structurels.
La variable commune à l’ensemble des économies émergentes reste la capacité à transformer une croissance du PIB agrégé en amélioration durable du revenu par habitant. Les projections à 2030 divergent précisément sur ce point : les économies qui combinent démographie favorable, diversification sectorielle et maîtrise de l’endettement présentent les perspectives les plus solides selon les analyses de la Banque mondiale.

