1 607 heures travaillées par an ne font pas la loi pour tout le monde : dans certains cas, un salarié à temps partiel peut valider une année de retraite complète sans jamais atteindre ce seuil, à condition de réunir le bon montant de cotisations. Ce n’est pas la quantité d’heures, mais le montant des revenus soumis à cotisations qui décide du sort de vos trimestres.
Pour les auto-entrepreneurs, la réalité est parfois plus rude. Leur chiffre d’affaires, bien qu’honorifique, ne garantit pas systématiquement une retraite à la hauteur. Les règles de validation des trimestres changent selon le statut et la nature de l’activité. Résultat : on découvre parfois, un peu tard, que des années entières de travail déclaré n’offrent pas le nombre de trimestres espéré.
Le contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE) : de quoi s’agit-il vraiment ?
Le contrat d’accompagnement dans l’emploi, plus connu sous l’acronyme CAE, cible les personnes qui rencontrent des obstacles pour (re)trouver un poste. Il s’agit d’un contrat aidé, déployé en France dans le secteur non marchand, où l’État prend à sa charge une partie du salaire. L’employeur, de son côté, doit accompagner le salarié vers une insertion professionnelle pérenne. Les principaux concernés ? Des demandeurs d’emploi éloignés du marché du travail, souvent peu diplômés ou en situation de précarité.
Le salarié en CAE touche au minimum le Smic. Ce point pèse dans le calcul des revenus pris en compte pour la retraite. Autre particularité : la durée hebdomadaire du travail peut être réduite, ce qui impacte directement le montant des cotisations versées au régime général, et par extension à la retraite complémentaire.
Les droits à la retraite naissent des cotisations, elles-mêmes calculées sur le salaire réellement perçu. Si le CAE permet de préserver un socle minimal (notamment pour valider des trimestres), le niveau de la pension dépendra du cumul des rémunérations et de la durée de l’activité. Autrement dit, le CAE donne un coup de pouce, mais ne fait pas de miracles.
Ce contrat temporaire s’intègre au régime général et à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. À chaque passage par un contrat aidé, faiblement payé ou à temps partiel, ce sont les droits retraites qui se construisent lentement, parfois de façon incomplète. Pour bien préparer sa retraite, il faut donc mesurer l’effet de ces contrats sur la carrière globale.
Travailler à temps partiel sous CAE : quels effets sur vos droits à la retraite ?
Le temps partiel en contrat d’accompagnement dans l’emploi façonne vos droits retraite d’une manière bien spécifique. La validation des trimestres n’est pas automatique : il faut franchir un seuil de rémunération. En 2024, ce seuil s’élève à 1 747,50 euros bruts sur l’année pour un trimestre. Si la durée de travail est vraiment faible, même au Smic horaire, il devient compliqué d’obtenir quatre trimestres sur une année.
Dans ce contexte, la distinction entre trimestres cotisés et trimestres assimilés devient essentielle. Certaines périodes d’absence, maladie, maternité, congé parental sous conditions, peuvent générer des trimestres assimilés. Ces derniers sont précieux pour compléter une durée d’assurance trop courte. Finalement, la durée totale d’assurance, qui ouvre l’accès à la retraite, se compose de toutes les périodes d’activité professionnelle et des interruptions reconnues par la Sécurité sociale.
Autre point à ne pas négliger : le cumul emploi-retraite. Après un CAE, il est possible, sous certaines règles, de reprendre une activité professionnelle tout en percevant sa pension. Cette option permet d’augmenter ses revenus sans perdre le bénéfice de la retraite de base.
La majoration de durée d’assurance intervient aussi pour les parents ayant interrompu leur carrière. Ainsi, les trimestres retraite obtenus en CAE s’ajoutent parfois aux périodes de congé parental trimestre, dans la limite autorisée par la réglementation, et pèsent dans le calcul final des droits retraite.
Modalités de calcul des trimestres et impact sur le montant de la pension
Le calcul des trimestres repose sur un principe clair : tout dépend du montant de rémunération cumulé, pas du nombre d’heures. Pour chaque trimestre en 2024, il faut atteindre 1 747,50 euros bruts, soit 150 fois le Smic horaire. À temps partiel sous CAE, il est donc fréquent de ne pas valider les quatre trimestres classiques en une année. Moins de salaire veut dire moins de trimestres validés.
Ce mécanisme s’applique aussi bien au régime général qu’à la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Les cotisations sociales retraite prélevées sur le salaire donnent droit à des points, qui s’accumulent tout au long de la carrière. Le total de ces points détermine le montant de la pension retraite complémentaire au moment du départ à la retraite. Plus la rémunération est basse, plus la progression est lente.
Pour mieux comprendre les règles, voici les paramètres à prendre en compte :
- Âge légal de départ : fixé à 62 ans pour la plupart des actifs
- Taux plein : obtenu avec la durée d’assurance requise (en trimestres valides)
- Décote : appliquée en cas de trimestres manquants
Le montant de la pension retraite dépend donc du nombre de trimestres validés, du salaire moyen sur les 25 meilleures années, et des points Agirc-Arrco pour le privé. Les cotisations versées sous CAE, même à temps partiel, s’ajoutent à la carrière. Mais des revenus modestes entraînent souvent une pension future modérée.
Enfin, la question des exonérations d’impôt sur la pension arrive en bout de course. Quelques cas de figure permettent d’en profiter, souvent selon le niveau de revenus, mais aucune exonération ne rattrape une carrière hachée ou peu rémunératrice.
Auto-entrepreneurs : conseils pratiques pour optimiser votre future retraite
Chiffre d’affaires : le seuil à ne pas négliger
Pour les auto-entrepreneurs, tout commence par le chiffre d’affaires déclaré. Si le seuil annuel n’est pas atteint, il devient vite évident que certains ne valident qu’un seul trimestre, parfois aucun. En 2024, il faut déclarer au moins 6 582 euros sur l’année pour obtenir quatre trimestres au régime général de la santé sociale. Chaque euro déclaré compte pour la validation des trimestres retraite : ne laissez rien de côté.
Choix du statut et stratégies de cotisation
Le statut auto-entrepreneur attire pour sa simplicité, mais il demande de la rigueur : il faut adapter son activité professionnelle pour franchir les seuils de validation et éviter les années blanches. Si l’activité est irrégulière, mieux vaut répartir sa facturation sur l’ensemble de l’année civile afin de limiter les périodes creuses.
Voici quelques réflexes utiles pour renforcer vos droits :
- Envisagez de diversifier vos cotisations avec un Plan d’Épargne Retraite (PER) : ces versements volontaires offrent un complément appréciable au régime de base.
- Vérifiez chaque année votre relevé de carrière pour contrôler la retraite sécurité sociale et les droits acquis.
Il n’existe pas de raccourci : la régularité dans la déclaration du chiffre d’affaires demeure votre meilleur allié. Pensez aussi à explorer les possibilités de cumul emploi-retraite si votre activité le permet en fin de parcours, pour donner du souffle à vos revenus futurs.
Préparer sa retraite, c’est accepter de composer avec les règles du jeu, parfois complexes. Mieux vaut anticiper aujourd’hui pour ne pas voir demain ses droits s’effriter sous le poids du temps et des petits montants cotisés.


